Les morts

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« J’ai eu l’impression de me trouver en face d’un homme qui ne posait pas en poète : il avait l’air d’un employé, il était affable et discret. Lorsque par la suite, je l’ai lu à fond, je me suis rendu compte que je me trouvais en face de l’un des meilleurs poètes italiens du XXe siècle […] » Alberto Nessi présentant le poète romagnol Raffaello Baldini.

Raffaello Baldini (1924-2005), « Dix poèmes », traduits du romagnol, à partir de la version italienne établie par l’auteur, par Christian Viredaz, La Revue de Belles-Lettres, 2016, 1.

Les morts

Ce que savent les morts, et ils ne disent rien, ils savent tout,
même quand tu es à la maison, tout seul, la nuit,
portes, fenêtres closes, eux ils sont là,
que tu es allé au lit, il est tard, tu as éteint la lumière,
tu es réveillé, dans le noir, il te vient de ces pensées
qu’on ne peut pas les dire, eux ils sont toujours là, ils lisent en toi,
mais ils sont gentils, ils font semblant de ne pas être là.

Cristina Campo, « la journée est le seul devoir »

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Lettre de Cristina Campo (Vittoria Guerini)
“Quant à vos tourments, dont je sais si peu de choses, je voudrais vous prier, si votre amitié me le permet – de ne pas vous abandonner à la tentation centrale, la seule que le démon puisse réellement travestir en morale : celle des bilans et des programmes. C’est avec le passé et le futur qu’il tente de nous attirer chaque jour, alors qu’en vérité la journée est la seule réalité, le seul devoir, la seule chose de laquelle on soit responsable. Et c’est également en se débarrassant d’ hier et de demain que nous pourrons établir le silence, l’attention parfaite, où parle la nécessité vraie de notre âme; âme, dis-je, et non moi (ce dernier est toujours occupé, justement, avec l’hier et avec le demain)”. Lettre citée par Cristina de Stefano, Belinda et le monstre, vie secrète de Cristina Campo, Adelphi éd., 2002, pp. 81-82. Traduction française par Monique Bacchelli, Ed. du Rocher, 2006, p. 90.

Le poète et le temps

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Mario Luzi développe, en particulier dans ses derniers recueils «symphoniques», une profonde méditation sur le temps, pensé dans la perspective qui est la sienne, chrétienne, d’éternité. En voici un exemple dans un poème publié dans le livre Sotto specie umana à Mi­lan en 1999, et traduit en français par Jean-Yves Masson sous le titre A l’image de l’homme (Verdier, 2004). (Je donne la traduction en français, suivie du texte original.)

© Editions Verdier 2004 pour la traduction française de Jean-Yves Masson

© Garzanti Milano 1999 pour le texte originalLUZI_STAT_OCTOBRE_DORE_MASSON - copie

LUZI_STAT_INDORA_OTTOBRE - copie