Une patience sans limite

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Si nous ne pouvons connaître le vrai, il semble étrangement que l’erreur se manifeste sans aucun doute – non pas la confusion, la dispersion dont nous ne prendrions pas conscience – non pas la contradiction qui est une référence à un principe – mais la légende : ce qui n’a pu arriver et ne peut arriver, c’est-à-dire l’impossible. Ce n’est plus une erreur, mais simplement la seule attitude enthousiasmante et paisible à la fois.

C’est un défi à l’impossible, ou une attente de l’impossible : nous ne sommes satisfaits que lorsqu’il nous est promis comme tel.

Une définition de l’impossible, ainsi se présente du moins la littérature. C’est un récit d’événements irréalisables présentés comme réalisés, comme une chance sur laquelle on ne pouvait compter et qui s’est affirmée.

Nous recherchons la chance supplémentaire. Elle n’existe pas ? Elle est hors de notre échelle ? Et pourtant c’est notre seul intérêt. Il suffit de la chercher pour trouver enfin la vie remplie, et aucune défaite ne peut la nier puisqu’elle n’a pas de mesure. Il semble au contraire qu’une défaite l’avive encore, pourvu qu’on accepte de remonter la défaite, en raison même de l’impossibilité. Une patience hors du temps et condamnée par le temps. Le mépris du temps.

Savoir que l’on patauge et tenter de sortir du marais, alors que c’est impossible. C’est pourquoi c’est d’abord une patience sans limite. L’avenir n’a plus d’importance, puisqu’il est invraisemblable, et que l’on ne cherche et qu’on n’attend que l’invraisemblable. Tâtonnement. Jamais de solution. La solution est impossible : c’est le miracle, la source dans le désert.

Cela ne va pas car ce que l’on aime et ce que l’on attend c’est bien l’absolument inexplicable puisqu’il s’agit de la chance imprévisible, celle qui n’était pas du tout dans notre jeu (la littérature se contente de l’improbable réalisé).

La littérature ne peut courir cette chance : seule la religion, mais la littérature permet de découvrir ce qui n’est pas dans notre jeu.

Y a-t-il des circonstances banales où survient une chance qui n’était pas dans le jeu : miracle ?

André Dhôtel, La Littérature et le hasard, texte établi et présenté par Philippe Blondeau, Fata Morgana, 2015, pp. 73-74.

Je ne peux prétendre comprendre cette page de Dhôtel, et encore moins l’expliquer. Comme tous les meilleurs textes de cet auteur merveilleux, elle m’ébranle comme pourrait le faire le kōan du maître zen. Mais tous nous pouvons connaître la défaite, et même la défaite définitive évoquée par un autre Ardennais. Dans cette passe ardue, où le jeu qui est dans notre main est proprement désespérant, il peut advenir cette « chance imprévisible», ce « miracle », cette « source dans le désert ».

         C’est dans les « circonstances banales », et même les plus banales, que peut survenir «une chance qui n’était pas dans notre jeu », que certains nommeront miracle.

         On peut ne nullement prétendre atteindre un jour de notre vie le fameux Satori et rester ouvert à une vision de la vie qui ne voit pas la chute, la défaite, l’extrême déréliction comme la preuve de l’impossible, mais bien comme la chance même qui nous ouvre le possible du miracle.

        C’est à cette croyance en l’impossible que nous ouvre toute littérature véridique, et toute poésie salubre.

Le prolétariat des lecteurs

 

André Dhôtel

André Dhôtel

Je ne suis pas un lecteur patient, et je n’ai aucun titre pour entreprendre cette discussion ou cette histoire. Je devrais me fier entièrement à ceux qui ont poursuivi des études savantes alors qu’il est question d’apprécier dans la mesure du possible la valeur de telle œuvre singulière et ce que signifie la littérature. Ces critiques, ces écrivains, m’ont aidé, guidé et nourri sans aucun doute. Je n’ai rien à corriger dans leurs jugements. Il m’a semblé seulement qu’entre le lecteur toujours muet et les patrons de la littérature (auteurs, législateurs) il restait beaucoup d’idées jamais exprimées, un malentendu fréquent, fondé sur des raisons bien faites, dûment enseignées, fermement établies, et justes, trop justes. Il manque à l’art littéraire le plus sûr une certaine forme directe. Cela est bien prouvé par l’égarement inaccoutumé qui règne dans ces matières. La poésie se trouve souvent décriée par les poètes eux-mêmes, dégoûtés de prononcer des paroles inefficaces. D’où ces tentatives extrêmes (baroques ou géniales) auxquels se sont livrés quelques écrivains depuis la fin du 19e siècle pour retrouver un art primitif. Mais le public dont je fais partie ne veut pas cela non plus. Ce que nous désirons c’est que la littérature nous apporte un vif plaisir, une étrange certitude, où se mêleraient l’audace, la clémence, l’émerveillement : une joie de vivre tels que nous sommes, et que le plus misérable ait le droit de participer à la beauté du monde décrit par les livres. Nous aimerions que chaque livre veuille donner à tous les hommes le droit à l’enthousiasme, à la paix du cœur.

André Dhôtel, La Littérature et le hasard, édition de Philippe Blondeau, Fata    Morgana, 2015, pp. 45-46.

 

Ici le professeur de philosophie Dhôtel se rapproche curieusement de Georges Bataille (« un vif plaisir », « une joie de vivre ») pour s’en éloigner très vite (« la paix du cœur »). Le romancier refuse de polémiquer avec les sérieux universitaires ou avec les critiques, aussi bien qu’avec les écrivains savants. Son refus du partage des castes n’est pas une révolte, c’est un simple sourire, qui ne détruira aucune chaire, mais qui donnera un peu d’air au lecteur suffoqué ou offusqué par les exégèses.

Si l’enfant de Roche, malgré tous ses efforts, n’a pas réussi à échapper au culte du héros, du magicien, du saint ou du champion, son vague cousin d’Attigny semble avoir gagné son pari risqué : obtenir et garder un public sans le tenir à distance.

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« Comme une liberté totale »

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Aux éditions La Clé à molette : Un soir… d’André Dhôtel

 Les éditions La Clé à molette ont réédité en septembre 2014 un roman de Dhôtel paru chez Gallimard en 1977. Une nouvelle occasion de découvrir les merveilles d’un écrivain inépuisable.

« Ce ne fut pas à proprement parler une rencontre. Simplement une jeune fille passa à côté de lui. Il y a une façon de passer, quoiqu’on prête peu d’attention à la circonstance. Cela peut se faire en ayant l’air de dire : « Regardez-moi », ou bien « Je ne demande rien à personne », ou encore : « Je suis plus près de vous que vous n’imaginez » – « Je suis la jeunesse qui se moque de tout. » – « Je suis la dignité infuse », etc. Les nuances dans les façons de croiser l’un ou l’autre sont inépuisables. Or la jeune fille que Vincent Meuriaux entr’aperçut ce soir-là lui apparut aussi lointaine que s’il l’avait vue loin sur un pont, ou au-delà d’une vitrine, quoiqu’elle l’eût presque frôlé. En vérité il avait surtout remarqué en un instant très rapide l’expression d’un visage infiniment heureux. Non pas qu’elle dût être heureuse. Le bonheur était dans un accord entre les lèvres et les paupières. Pureté et finesse extrêmes que n’expliquerait pas un simple dessin, mais on ne savait quelle pensée passagère et tout à fait impénétrable. Comme une liberté totale. Surtout il éprouvait la certitude que s’il la rencontrait de nouveau il ne la reconnaîtrait pas. Impossible à reconnaître… Elle avait disparu au milieu d’une famille qui occupait tout le trottoir. Meuriaux ne songea même pas à la suivre et continua son chemin. »

Les romans d’André Dhôtel ne nous disent jamais « Regardez-moi », « Lisez-moi ». Ce n’est certes pas une raison de les laisser passer sans les saisir au passage.

A-t-on suffisamment dit que ces romans nous proposent l’utopie parfaitement raisonnable et logique de la liberté totale des femmes ?

Une utopie à réaliser au plus vite si nous ne voulons pas sombrer dans la barbarie la plus abjecte.

La semaison selon André Dhôtel

 

Photographie Marie Alloy D.R.

Photographie Marie Alloy D.R.

 

C’est tout de même curieux de se trouver dans la nature en même temps que des êtres qui ne pensent à rien et qui agissent dans un merveilleux équilibre et se livrent à des complications fabuleuses, et en somme n’ont de raison de vivre que celle d’exister et d’être superflus.

Les graines sont faites pour être semées. En l’absence de semeur, chaque plante doit se charger de ce travail : problème compliqué du fait que la plante ne peut être le champ que de mouvements très réduits. Or les plantes ne se dispersent pas comme la rouille développée sur une surface métallique et qui gagnerait peu à peu. Elles se trouvent armées de mécanismes de projection, ou les graines de meuvent dans l’air grâce aux techniques de l’hélice, de l’aile du parachute, ou encore elles s’accrochent aux animaux qui passent. Toutes les théories pour expliquer ces faits sont reconnues vaines et particulièrement nuisibles à la recherche scientifique. Je ne discute pas. Je constate que je suis entouré de plantes qui ignorent l’existence des animaux et des propriétés techniques de l’atmosphère, et ne peuvent s’en servir et pourtant possèdent des graines parfaitement véhiculées. La Providence ? C’est l’explication par l’aveu qu’il n’y a pas d’explication et que les pissenlits vivent en dehors des possibilités de notre intelligence.

Comme nous mêmes dont le cœur bat et les yeux voient sans connaître aucune lumière, en dehors de tout convention d’intelligence et de tout langage, même celui de la beauté.

Notre connaissance progresse, mais l’intelligence des insectes et des plantes jamais. Le soleil demeure toujours aveuglément cette grande source de lumière exploitée par l’inconsciente habileté des organismes. Nous voici donc, par notre connaissance même, irrémédiablement séparés de la nature.

André Dhôtel, La Littérature et le hasard, Fata Morgana, 2015, p. 91-92.

Photographie Marie Alloy D.R.

Photographie Marie Alloy D.R.

Les étoiles fixes

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« LES ÉTOILES FIXES. – « La poésie, que Dieu me pardonne ! doit être un peu bête » dit un des plus intelligents, peut-être même le plus intelligent parmi les Russes : Pouchkine. Et il continua néanmoins à écrire des vers et à introduire dans ces vers cette part de bêtise sans laquelle, tout comme les aliments sans sel, devient insupportable. On peut donc, si on le désire, simuler la bêtise, et la simuler de telle sorte que tous prennent cette bêtise simulée pour sincère et véridique. Je dirai même plus : on peut aussi simuler l’intelligence, et la simuler si bien qu’il ne viendra à l’esprit de personne d’y voir une comédie. Et il faut dire que la majorité des écrivains doit se préoccuper, à l’inverse de Pouchkine, non pas tant de paraître sots que de paraître intelligents. Et les faits sont là pour nous prouver que leurs efforts sont couronnés d’un brillant succès. Il est probable que l’essence même du talent littéraire consiste à jouer habilement l’intelligence, la noblesse, la beauté, l’audace, etc. Car les hommes intelligents, nobles, audacieux sont bien rares, tandis qu’il y a tant d’écrivains de talent ! On parvient si bien à contrefaire même la sincérité, que l’œil le plus exercé s’y trompe aisément. Il se peut que Pouchkine agisse si fort sur nous, précisément parce qu’il n’a pas envie d’être intelligent, parce qu’il comprend combien peu vaut l’intelligence. »

Léon Chestov, Le Pouvoir des clés, trad. Boris de Schloezer, nouvelle édition de Ramona Fotiade, Le Bruit du temps éditeur, 2010, pp. 90-91.

Pour moi, la magie des romans et des nouvelles d’André Dhôtel tient à ce refus têtu de paraître intelligent, ou même seulement logique. Ses livres, ses phrases sont des kōans.

Méfiance

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photo Gyula Zarand

Il est évidemment déplorable d’avoir un cœur humain. Ce que nous voulons ce n’est pas nous incorporer au thème d’une humanité conçue de telle ou telle façon, mais nous affirmer malgré ce thème. L’amour du prochain a une originalité évidente. Il procède du sentiment que chaque être réalise une exception. L’unification humanitaire des passions peut être conçue par quelque dogme social, jamais par la littérature.

C’est pourquoi il n’y a pas lieu de se plaindre qu’une masse d’hommes se trouve coupée d’une connaissance suffisante et se compose de groupes foncièrement étrangers. Le premier enseignement de la littérature c’est l’indépendance et la sauvagerie (d’accord avec l’amour, l’amitié et n’importe quelle expression de l’amour).

N’exagérons rien. Tout de même il y a par exemple des lecteurs de romans d’amour, parmi ceux-ci certains tiennent pour le mariage, d’autres pour la liberté passionnelle, d’autres pour la courtoisie, pour le coup de foudre, le malheur, le bonheur, les scènes, la jalousie, une sagesse, une amitié. […]

Croyez-vous qu’en somme le public se compose d’aussi étonnantes variétés ? En tout cas chacun recherche bien cette sauvagerie dont je parlais, quelque sentiment qui ne soit qu’à lui, et ressemble si rarement à celui d’un autre que les amitiés sont toujours exceptionnelles quoique fréquentes.

Mais la meilleure preuve est cette méfiance qui se manifeste partout.

André Dhôtel, La Littérature et le hasard, Fata Morgana, 2015, pp. 42-43.

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Quand on voit partout cette méticuleuse méfiance, il y a mieux à faire que de la secourir ou de l’étayer, comme le préconisait héroïquement Kafka – « Dans le combat entre le monde et toi, seconde le monde », mais il serait absurde de lutter contre elle, de faire le moindre geste, de proférer la moindre parole pour tenter de la dissoudre. Il sera tout de même permis d’en rire.

André Dhôtel, René Daumal, Arthur Rimbaud

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André Dhôtel, René Daumal, Arthur Rimbaud

     « Daumal dans ses diverses tentatives de dérèglement ou d’austérité, subit le même échec que Rimbaud en ses négations ou contradictions. Il n’en sort pas. Cependant comme lui acquis à une conviction inébranlable : la véritable voie spirituelle est un secret à retrouver, c’est-à-dire un élan originel vers ce qui est autre, vers l’inconnu qui nous échappe et seul peut nous redonner la lumière et le salut.

Cela n’est pas une aliénation (j’ai joué de bons tours à la folie, dit Rimbaud) mais une vision venue de l’extérieur au travers de quelque rupture opérée dans le monde, dans la pensée rationnelle aussi bien qu’irrationnelle.

Il s’agit pour Daumal comme pour Rimbaud de bien autre chose que de combattre la morale constituée, les lieux communs mystiques ou l’idéal prôné par les écoles. Ils ont formé le vœu de se livrer à une étude qui ravive une source première de la pensée, provoque une renaissance inattendue.

Daumal s’affirme comme Rimbaud par un retrait semblable à une défaite mais qui permet de veiller à l’avènement d’une pensée innommable.

Ce qu’ils exigent c’est une présence : la présence de ce qui ou de qui vient d’ailleurs, en dehors de tout intention ou finalité. »

              René Daumal, Lausanne, Editions L’Âge d’homme, collection « Les Dossiers H », février 1993, p. 217 ; repris in « Petite Anthologie rimbaldienne », Cahier André Dhôtel n° 7, « La Route inconnue », Association des Amis d’André Dhôtel, 2010, p. 151. © François Dhôtel, 2010.

René Daumal par André Dhôtel

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Fallait-il être un Ardennais pour évoquer si parfaitement et si précisément la vie et l’oeuvre d’un autre poète ardennais? Nul ne m’empêchera de le croire. Quelque chose dans cet étrange pays de frontière semble porter à une extrême précision dans l’évocation de l’inconnu. André Dhôtel a rédigé l’article consacré à René Daumal  dans le Nouveau Dictionnaire des Auteurs de tous les temps et de tous les pays, Robert Laffont, 1980. Ce texte est une introduction merveilleuse à une oeuvre difficile entre toutes.

En voici la conclusion:

« La démarche de Daumal se situe donc dans un courant profond où la pensée, depuis Rimbaud, tend à établir que la connaissance essentielle ne peut nous être donnée que par une mystique et même une poésie qui s’affirment comme seule vraie science. A la condition expresse que les croyances et les réalisations de l’art ne cessent d’être interrogées, au cours de notre vie et de notre conduite, la vérité ne peut que parler en nous, dans notre langage, et assurer notre destin au-delà d’un monde dont la réalité exige déjà, à tout instant, une révolution transcendante. Pour quoi Daumal, homme de religion, cherche à renoncer à toute prétention afin d’écouter une parole (aussi bien littéraire) venue d’ailleurs pour nous sauver. »

Nouveau Dictionnaire des Auteurs de tous les temps et de tous les pays, Robert Laffont, 1980, tome I, p. 825.

« Un chantier au soleil levant »

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« André Dhôtel est notre Dickens. La beauté de ses romans vient d’abord de leur abondance spontanée, de leur générosité naïve. Comme les conteurs arabes, Dhôtel déploie son petit tapis, et puis se met à raconter, et à raconter sans fin. Et nous sommes suspendus à ses mots. Il s’agit d’aventures tout à fait banales qui arrivent à notre voisin comme à nous : au facteur de notre rue, au cordonnier, au garçon de courses – encore qu’elles aient peut-être une préférence pour les malheureux, pour les inquiets et pour les méchants. Pourtant la grandeur d’André Dhôtel est ailleurs. A travers le malheur et la méchanceté, l’apparente médiocrité de l’existence, il poursuit on ne sait quelle vérité où nous serions tous réconciliés. Il la poursuit et j’ai eu plus de cent fois l’impression qu’il l’avait trouvée et qu’il nous en faisait cadeau, dans le même émerveillement qui nous vient d’un subit rayon de soleil, d’un sourire, d’une aurore. On dirait un chantier au soleil levant, avec ses établis, ses pierres, ses outils encore brillants de rosée. »

Jean Paulhan, dans La Tribune de Lausanne, cité par Patrick Reumaux dans L’honorable Monsieur Dhôtel, La Manufacture, Die, 1984, p. 93.

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On ne peut mieux dire. La dernière phrase de ce texte me fait songer au Prologue de Simone Weil :

« Il me fit sortir et monter jusqu’à une mansarde d’où l’on voyait par la fenêtre ouverte toute la ville, quelques échafaudages de bois, le fleuve où l’on déchargeait des bateaux. Il me fit asseoir.

Nous étions seuls. Il parla. Parfois quelqu’un entrait, se mêlait à la conversation, puis partait.

Ce n’était plus l’hiver. Ce n’était pas encore le printemps. Les branches des arbres étaient nues, sans bourgeons, dans un air froid et plein de soleil. »

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Le chemin

Je suis paresseux

 

« Pour vivre j’ai un emploi stable, mal rétribué, qui me laisse peu de loisirs. Je fais des écritures. Je suis paresseux et je pratique la paresse avec une application studieuse. L’important n’est pas de dormir mais de bien savoir que l’on dort. Le travail m’émeut en ce qu’il conduit à un repos plus étonnant que ne le ferait l’inaction. Ce ne sont pas le nombre des heures vides qui m’intéresse ni leur vanité même, plutôt je ne sais quelle qualité attentive. »

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André Dhôtel, La Littérature et le hasard, Fata Morgana, 2015, p. 34.

 

En effet, André Dhôtel est un bon professeur de sagesse, l’important n’est pas d’être paresseux, mais bien de l’être avec application. Cette voie exige la plus grande rigueur. Un instant d’inattention, et le chemin est perdu. On retombe dans le temps perdu.

Le chemin de sagesse est le chemin de paresse.

André Dhôtel écrivait au lit.