La perfection de la prose

2016-02-24 10.30.10-1

La prose n’est supportable que lorsqu’elle atteint la poésie pure. Qui peut s’y tenir? Qui peut croire cela possible?

Et pourtant voilà que cela recommence, la vague apporte encore un de ces bois parfaits auxquels il ne peut être question de rien ajouter, de rien retrancher.

Cette année, c’est un bois jeté à l’eau le 9 août 2012, jour sinistre pour moi, mais cela n’intéresse personne, et que j’ai ramassé sur le sable aujourd’hui, 25 février 2016.

Près de quatre ans donc pour suivre le chemin du fleuve à l’envers, comme les saumons.

C’est à toutes les pages d’un livre qui s’appelle La Chambre d’écho, c’est de Frédérique Germanaud, c’est publié par l’excellent éditeur L’Escampette, à Chauvigny.

Ce livre, vous pouvez le trouver dans toutes les bonnes librairies, et, aujourd’hui, en vous dépêchant bien, sur les rayons des librairies Les Sandales d’Empédocle à Besançon, La Machine à lire à Bordeaux, Tschann à Paris. Et partout ailleurs si vous pouvez patienter quelques jours après avoir lu cette page 69, le texte a pour titre « Les saules ».

« Derrière la maison, il a ensemencé une petite parcelle de trèfle blanc. Pour les abeilles. Une exception à cette ligne basse de vie sur laquelle il se tient. Ce jardin de trèfle est une concession à la beauté inutile, une élégance, mais il n’a de compte à rendre à personne. Pour le reste, son choix s’est porté sur des légumes simples, qui viennent bien et ne craignent pas l’eau. Près de l’ancien four à pain, un noisetier et un noyer donnent en abondance. Plus bas, en bordure du chemin communal, prunelliers, mûriers et sureaux. La terre du potager est retournée. Il a nettoyé la petite serre fabriquée avec les anciens châssis vitrés de la maison. Le grain de la terre est très fin, doux sous les doigts. Il soulève le couvercle, éclaircit les semis trop serrés, referme le toit de verre sur lequel le soleil va bientôt donner. »

Je ne sais pas combien nous sommes à nous enchanter de telles phrases, d’un auteur qui n’a de compte à rendre à personne, et dont les livres viennent bien et donnent en abondance.

Alain Veinstein reçoit Frédérique Germanaud le 4 janvier 2013.