L’enseignement

« L’élève pour lequel on fait chacun de ses cours, pour lequel on érige sa parole, pour lequel on la dirige vers plus de justesse, et qu’on ne regarde jamais, auquel on ne va jamais parler, par humilité et par nécessité : on  ne doit pas trop exister pour lui. On ne doit pas faire écran. (Cette année, c’est Maria la flibustière des mers de Chine; au début de l’enseignement, ce fut Saïd le philosophe, qui partageait en tout ma morale de la distance.) »

                 La Fin de l’attente, Le Temps qu’il fait, p. 82.

Maria laissa un jour dans un devoir une lettre en anglais de son père, et eut un étrange regard quand je lui rendis sa copie avec la lettre bien cachée. Saïd me demanda avec une émotion non feinte à quoi pouvait bien servir le poème de Mallarmé « Brise marine ». Chacune de ses « rédactions » était admirable, et je regrette de ne pas les avoir toutes copiées pour pouvoir les relire. Il avait une vive sensibilité proustienne, et on comprend bien qu’il ne pouvait souffrir les bibelots du jeune Mallarmé. Saïd m’a donné à lire un des plus beaux textes que j’ai lus sur la Mère, tout empreint de la plus noble compassion.