SUFFIT

pilinszky2Si vaste soit la création,
elle est plus étroite qu’une niche.
D’ici à là-bas. Pierre, arbre, maison,
je bricole. J’arrive en avance, en retard.

Parfois pourtant quelqu’un arrive,
et ce qui est, soudain se déploie.
La vue d’un visage suffit, une présence,
et les papiers peints se mettent à saigner.

Suffit, oui, une main suffit
quand elle remue le café
ou « se retire après les présentations »,
suffit, pour oublier l’endroit,
la rangée de fenêtres sans air, oui,
pour qu’en rentrant la nuit dans notre chambre
nous acceptions l’inacceptable.

János Pilinszky (1921-1981), Poèmes choisis, traduit du hongrois par Lorand Gaspar et Sarah Clair, Gallimard, 1982, p. 75.

Photographie © Szebeni Andrs DR

Oui, le feuillage

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OUI, LE FEUILLAGE

Oui, le feuillage brille,
le feuillage continue à briller,
et toi tu pends par-dessus
la terre brune, tel un fruit.

Pourtant tu es un homme,
pourtant tu fus homme,
Dieu des chemins.

János Pilinszky, 1921-1981, traduit du hongrois par Lorand Gaspar et Sarah Clair, Poèmes choisis, p. 73, Gallimard, 1982.