Se tuer pour vivre !

Louis Boulanger, Balzac, musée des Beaux-Arts de Tours

LA MARÉE DONNE LES FILLES, LA BOUCHERIE FAIT LES GARÇONS ; LE BOULANGER EST LE PÈRE DE LA PENSÉE.
Les destinées d’un peuple dépendent et de sa nourriture et de son régime. Les céréales ont créé les peuples artistes. L’eau-de-vie a tué les races indiennes. J’appelle la Russie une aristocratie soutenue par l’alcool. Qui sait si l’abus du chocolat n’est pas entré pour quelque chose dans l’avilissement de la nation espagnole, qui, au moment de la découverte du chocolat, allait recommencer l’empire romain ? Le tabac a déjà fait justice des Turcs, des Hollandais, et menace l’Allemagne. Aucun de nos hommes d’État, qui sont généralement plus occupés d’eux-mêmes que de la chose publique, à moins qu’on ne regarde leurs vanités, leurs maîtresses et leurs capitaux comme des choses publiques, ne sait où va la France par excès de tabac, par l’emploi du sucre, de la pomme de terre substituée au blé, de l’eau-de-vie, etc.”
Honoré de Balzac, Traité des excitants modernes, 1839.
Ce génie ne fut-il pas tué par le café?
Note sur la cafetière : Elle fait partie de la commande que Balzac passa en 1833, par l’intermédiaire de son amie Zulma Carraud, à la maison Marchal, Nivet et Belut, de Limoges. Dans une lettre à Balzac du 3 février 1832, Zulma Carraud écrit : « J’ai couru pour la porcelaine à filets amarante, mais nous avions bien compté sans le fabricant. Pour réussir cette couleur il faut trois couches et par conséquent trois mises au feu ; ce qui fait que l’assiette qui, blanche, coûte 7 fr. la douzaine, vaudra 15 fr. avec filet et chiffre, ce qui est un peu plus de moitié, et 11 fr. avec chiffre sans filet. Si vous consentez à mettre le prix, je vous engage, par bon goût, à ne mettre que le chiffre.» Réchaud-veilleuse qui lui permettait de tenir au chaud, au long de ses longues veilles, ce mélange de différentes variétés de café qu’il consommait en grande quantité. Dès le réveil, il faisait appel aux vertus du café, dont il avait lu, dans la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, qu’il « porte une grande excitation dans les puissances cérébrales ».
Il faut bien consentir à se tuer pour vivre!

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