Fille du chemin

Fille du chemin

Fille du chemin, Le Silence qui roule éditeur

Présentation de l’éditeur

Ce livre singulier de Jean Pierre Vidal est composé de sept récits et se termine par un envoi en forme de poème; récits de rêves exacts où frissonne l’amour inaccompli mais où «n’être rien n’est pas vaine aventure ».

À chaque lecteur d’en faire son miel ou son chemin, chacun ayant sans nul doute déjà connu ces lieux de la rencontre sans hier et sans demain mais porteurs d’une émotion réelle dans ce présent silencieux qui ne rapproche ni ne sépare.

4ème de couverture:

Se repaître du monde, nous n’avons rien d’autre à faire, dans la veille et dans le sommeil, et puissions-nous le faire dans la bienheureuse proximité d’un autre mortel plutôt que dans l’isolement amer ou dans les diverses manducations appelées par les hommes amours, noces, sentiments humains.

J. P.V.

 

DU MÊME AUTEUR

Philippe Jaccottet, Payot, Lausanne

Feu d’épines, Le Temps qu’il fait

La fin de l’attente, Le Temps qu’il fait

Vie sans origine, Les Pas perdus

Passage des embellies, Arfuyen

Exercice de l’adieu, Le Silence qui roule

Le vent la couleur, Le Silence qui roule

 

LIVRES D’ARTISTE accompagnés d’estampes de Marie Alloy,

Editions Le Silence qui roule

Du corps à la ligne comme un chemin de morsures

Thanks

Gravier du songe

Le Jardin aux trois secrets

Aller sans retour

Commande à votre libraire ou à l’éditeur : https://www.lesilencequiroule.com/

 

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Aladin et la bombe merveilleuse

A l’heure où le très petit despote du Kremlin menace sans cesse le monde d’une apocalypse nucléaire, obsédé qu’il est par la nécessité de revivre les atrocités du XXe siècle, il est bon de relire un bref récit d’un homme qui a vécu deux guerres mondiales., et qui a pu vivre dans sa chair l’horreur de la guerre industrielle.

Missile “Satan 2”

« Nous nous trouvons dans une situation où nous disposons d’une puissance formidable. Nous n’arrêtons pas de soutirer des choses à la terre : que ce soit du pétrole, de l’uranium, etc. Notre situation ressemble à celle d’Aladin. C’est un jeune homme à qui un magicien a mis un instrument en main, une lampe merveilleuse qui dispose d’une énorme puissance. Il lui suffit de la frotter pour qu’apparaisse un puissant génie qui lui procure ce qu’il veut. Il peut passer commande d’un harem ou se faire construire des palais en une nuit. Nous en sommes également capables. La lampe d’Aladin est en terre cuite ou en cuivre. Et la nôtre aussi vient de la terre, mais elle est en uranium. Si nous la frottons, nous n’obtenons pas de la lumière, nous obtenons plus que de la lumière : des forces monstrueuses. Et qu’est-ce qu’Aladin tire de sa lampe ? Il se fait construire des palais, il fait tout ce qui correspond à une imagination d’enfant. C’est d’ailleurs là que réside le charme de ce conte. Mais il mène finalement une vie médiocre, telle qu’en rêve tout homme médiocre : il mène la vie d’un petit despote […]. Le parallèle me semble très riche de prolongements, dans la même situation. Des énergies monstrueuses viennent à nous, et qu’en faisons-nous ? Au lieu d’édifier un monde magnifique où se réaliseraient de grandes utopies, où, par exemple, plus personne n’aurait besoin de travailler, nous n’y pensons même pas, nous utilisons notre lampe à entasser des stocks de bombes atomiques. »

Ernst Jünger, entretien avec Julien Hervier (Gallimard) à propos de son roman Le Problème d’Aladin, trad. Henri Thomas, Christian Bourgois, 1984.

Mille et Une Nuits · Walter Crane
British Library, London,

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Les chaînes libératrices : trois récits d’Henri Raynal

Henri Raynal lisant son livre Ils ont décidé que l’univers ne les concernait pas.

« Dès lors, Luc fit les quatre volontés de Mathilde, s’écartant définitivement du chemin tout tracé que l’amour emprunte généralement, pour s’engager dans la voie de l’humilité et de la soumission et la reconnaître pas à pas. Sa propre volonté lui fit défaut, peu à peu lui échappa. Sa vie tout entière s’apprêta à passer, sans qu’il y prît garde, sous la tutelle de Mathilde. » Aux pieds d’Omphale, Jean-Jacques Pauvert, 1957, réédition en 1968. Edition définitive, Fata Morgana, 2004.

« Je découvre que mes chaînes ne me font pas horreur. Pourtant elles tiennent si bien mes mains que celles-ci ne me servent à rien. Je les regarde : elles sont oisives, esseulées. Elles ne s’écartent guère de la sorte d’accoudoirs que forme mon siège. […] Non seulement je me suis habituée aisément à leur contrainte immuable, mais je n’éprouve nulle aversion à leur égard. La raison en est claire. Je leur dois une étrange liberté.» Henri Raynal, Dans le secret, Fata Morgana, 2004.

« Son maintien, son allure firent qu’oubliant mon ami, je cessai de descendre. Une autre femme, qui n’était que sommairement masquée, se tenait à son côté et lui parlait. L’inconnue lui répondait par quelques mots espacés prononcés à voix basse. Les mouvements de la tête et du buste dont elle accompagnait ses paroles brèves, me fascinaient. Je n’entendais que le froissement de sa robe. » Henri Raynal, L’Accord, Fata Morgana, 2009.

Henri Raynal publia son premier livre, Aux Pieds d’Omphale, en 1957. Ce récit connut une prépublication dans la revue d’André Breton Le Surréalisme, même, au printemps 1957.

André Breton confia lui-même ensuite le manuscrit à Jean-Jacques Pauvert qui le publia en 1957 (rappelons le même geste généreux de Francis Ponge pour le premier livre d’André du Bouchet). « Aux pieds d’Omphale se creuse le plus grand précipice du monde et vous vous êtes rendu maître des éclairs seuls capables de l’illuminer. Il fallait, en effet, compter sur la toute-puissance du Verbe pour dominer un tel vertige… En ce sens, pas un instant vos forces ne vous ont trahi.” écrit André Breton à l’auteur le 15 octobre 1956.

Il est impossible de séparer aujourd’hui ce premier livre des deux autres récits publiés par Henri Raynal aux éditions Fata Morgana, Dans le Secret  (2004) et L’Accord (2009). Très heureusement, ce dernier éditeur a parfaitement compris le lien étroit qui rattache le premier livre, sous ses apparences de roman érotique, aux derniers parus, où, dans des situations différentes, sont évoquées une ascèse dans l’admiration et l’accueil fait au monde, une abdication pleine et entière d’une liberté reconnue comme illusoire. Les trois récits figurent à présent au catalogue des éditions Fata Morgana et sont donc disponibles.

La pensée et l’art d’Henri Raynal peuvent nous aider puissamment à résister au désespoir devant l’état présent de ce monde. Ces livres sont un rempart contre le nihilisme, un instrument de libération spirituelle. Il faudra élargir cette méditation par la lecture des nombreux essais d’Henri Raynal, en particulier Ils ont décidé que l’univers ne les concernait pas, éd. Klincksieck, 2012, et  Cosmophilie – Nouvelles locales du tout, Éditions Cécile Defaut, 2016.

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Si je trahis la confrérie…

Secrets professionnels

Il poursuivit : “J’ai cru pendant quelque temps que l’activité poétique, comme je faisais dire à mon bonhomme, mettant en jeu le tout de l’homme, suffirait à ma vie. J’ai dû déchanter, c’est le cas de le dire. Je suis bien placé pour dire ici, et tant pis si je trahis la confrérie, que l’exercice littéraire dit de nos jours “poésie” est fait pour les neuf dixièmes et plus de bluff éhonté, de mascarade, d’ignorance de tout (du langage, du poids et de la vie des mots et des images, et des idées s’il y en a ; du métier, des moyens ; et surtout du but), d’irresponsabilité, de vanité, d’amour-propre aux dix millions de replis, et de paresse ; c’est-à-dire fait de néants multiformes, d’absences, de creux voilés de vagues mirages. Sinon, oui, ce serait une voie possible. ce serait même la seule voie, mais ce ne serait plus un exercice littéraire.”

René Daumal, Les Pouvoirs de la parole, Essais et Notes, II (1935-1943), édition établie par Claudio Rugafiori, Gallimard, 1972, p. 42.

Lanza del Vasto et René Daumal : souvenirs audios de leur amitié

Vous trouverez ici deux extraits d’une émission de Michel Random diffusée par France Culture (mars 1968). Voir le site de l’Association des amis de Lanza del Vasto.

Lanza del Vasto évoque dans ces entretiens le souvenir de son ami René Daumal :

 

A lire l’ouvrage passionnant de Michel Random (1966)

Merci à Frédéric Richaud et à Jean-Philippe de Tonnac

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Le Jardin aux trois secrets

 LE JARDIN AUX TROIS SECRETS de Jean Pierre Vidal, estampes de Marie Alloy

« J’ai vu un jour, dans La Quinzaine littéraire, une photographie de Thomas Bernhard enfant, un enfant dans la force de la vie, de l’insolence et de l’invincibilité de la vie. La nuit suivante, j’ai fait ce rêve, un rêve très narratif et très visuel, avec des images très précises que j’ai tenté de transmettre dans les mots. Il est donc difficile de me sentir l’auteur d’un texte qui m’a été dicté par le visage d’un enfant que je n’ai pas connu et où, pourtant, j’ai reconnu ma propre enfance, toute aussi inconnue. »

Graver la végétation du rêve

J’ai tenu, dès le départ, à ne retenir que l’idée de jardin pour accompagner ce beau poème de Jean Pierre Vidal, afin de préserver ses secrets. J’ai, peu à peu, orienté mes recherches gravées, vers un monde végétal mental, ne souhaitant ni créer un paysage ni une sorte de décor qui empêcherait le rêve de circuler entre les pages. J’ai cherché, en m’aidant de la technique du vernis mou, à composer avec des empreintes de végétaux ramassés dans le jardin, utilisant leurs dessins pour prolonger les miens et les baignant dans l’ombre et la lumière de l’aquatinte. J’ai obtenu quelque chose de l’ordre de l’herbier sauvage, tout en délicatesse, que les herbes soient fines ou les feuillages touffus.

La gravure restitue ce qui s’imprime en se dérobant à la prise du réel, elle rend visible l’empreinte avec, comme un voile lointain, une mise hors de portée. Ici j’ai pensé à la végétation d’un rêve, avec sa part d’inquiétude et la simplicité de l’enfance. J’ai recherché un équilibre, toujours sur le seuil du rêve, entre les trois temps du poème et leurs correspondances avec les gravures, pour faire résonner entre eux un sentiment d’étrangeté douce et familière.

Le jeu délicat et fragile des empreintes fait ressortir la lumière du papier et unifie ici la typographie et les estampes. Le trait végétal prend parfois une teneur irréelle, laissant le regard glisser entre les mots et les empreintes gravées. Le temps semble suspendu dans ce livre, lové dans une matière cendreuse mais précise. Les infimes détails d’une herbe ou de petites feuilles recroquevillées, miniaturisées, dessinent une sorte de dérive légère et libre.

C’est, au fil des temps du poème, l’intimité silencieuse des feuillages qui transparaît, puis la douceur de ce calme s’envole tout à coup, se rompt. Après être passées par la blancheur d’une chapelle vide, les plantes sèches et volatiles retombent en tournoyant sur le sol de la page pour s’y recueillir avec la dernière strophe du poème.

Le temps du graveur se divise en étapes, en états. Le graveur fait confiance aux processus de l’acide, de la corrosion du métal et ses aléas, aux textures du papier pour que les herbes et diverses plantes, pressées sous les cylindres puis mordues à l’eau forte, retrouvent une seconde vie, entre noir et blanc. Le papier humide accueille leurs empreintes sans résistance, et ici même, avec tendresse, conservant la caresse secrète du poème, comme sa folie souveraine. Les feuilles et herbes séchées, rétractées, s’ancrent dans la plaque de métal, constituant, au fur et à mesure des états, un palimpseste où la mémoire, incrustée dans le papier, suggère les restes du rêve. Le gris des plantes gravées, encrées, puis imprimées, rappelle celui de la cendre, en une doublure d’ombre.

Partage du rêve, accompagnement sensible dans le livre. Je ressens le secret de ce poème dans la délicatesse de l’amour qui l’écrit, où le désir, en filigrane, est mu par des mouvements profonds. Quelque chose de mystérieux naît puis s’efface tout à coup comme le visage de l’enfance. J’ai tenté de graver la pureté fragile de l’élan amoureux puis de faire ressentir la fuite, la honte devant l’appel du désir, par les changements de ton des empreintes végétales. Pour que ce rêve se poursuive, comme l’enfance, Jean Pierre Vidal a dédié ce livre à son petit-fils.

Marie Alloy, septembre 2015

droits réservés texte Ⓒ Marie Alloy, photos ADAGP, avec l’autorisation de l’artiste.

Editions Le Silence qui roule